@ Loup's

Impossible ? Comme si ça allait m'arrêter.

Bac Philo 2011

Je tente ici de répondre aux questions posées lors des épreuves de philosophie du bacalauréat. Mon but est de répondre clairement et correctement à des questions que je suppose avoir été posées sincèrement.

Et si la réponse correcte est triviale, ainsi soit-il.

La culture dénature-t-elle l'homme ? (S)

Si on interprète cette question littéralement, la réponse est généralement non. Nous sommes un animal social, qui a un besoin vital de communiquer (un bébé à qui on ne parle pas meurt). La culture est donc naturelle, et à ce titre peut difficilement dénaturer l'homme.

Cela dit, certains aspects de certaines cultures (comme le rejet de la sexualité par le christianisme) ont effectivement tendance à aller contre la nature humaine. Cependant je ne crois pas que ce soit la tendance générale.

Cette question a également un aspect moral : la culture rend-elle l'homme mauvais ? Là encore, c'est évidement vrai de certains aspects de certaines cultures (prenez une dictature au hasard), et évidemment faux d'autres aspects (prenez la générosité prônée par, entre autres, le christianisme). Mais qu'en est-il de la culture en général ?

Là, j'avoue ne pas être sûr que la question a un sens. Il me faudrait comparer l'homme avec la culture, et l'homme sans. Mais comme nous ne survivrions pas sans culture, cela équivaut à comparer les vivants et les morts.

Nous pouvons à la rigueur tenter de comparer les cultures entre elles, mais cela ne peut se faire qu'à l'aune d'un système moral qui lui-même est pour beaucoup le produit d'une culture (voyez les évolutions de la morale au fil des siècles — esclavage, mœurs sexuelles, rapports entre les hommes et les femmes…). Du coup, tant que l'on a pas trouvé le système moral « idéal », la question reste ouverte.

Peut-on avoir raison contre les faits ? (S)

Strictement, la question n’a pas de sens. On a raison (ou tort) contre une personne concernant une divergence particulière d’opinion, pas contre un fait.

En étant plus charitable, la seule interprétation plausible a mes yeux est « Peut-on tenir une opinion à la fois vraie et contraire aux faits (c’est à dire fausse) ? ». La réponse est évidement non.

Certains voudront évoquer la morale (qui à mon avis est hors sujet, vu que la question n'est pas connotée ainsi). Cela pose une question assez différente : peut-on avoir raison de se révolter contre les faits ? C'est à dire, une telle révolte peut-elle être bonne ? Oui, bien sûr. Jes journaux rapportent régulièrement des fait qui révoltent à peu près n'importe quel être humain.

La Liberté est-elle menacée par l'égalité ? (ES)

On prête généralement deux aspects à la liberté : l'aspect négatif, basé sur l'absence de contrainte ou d'interdiction ; et l'aspect positif, basé sur la présence de possibilités. Je ne m'intéresserais ici qu'à l'aspect positif. Certes, nous ressentons fortement l'aspect négatif, mais de fait, l'interdit humain, les lois de la physique, et notre manque d'imagination ont le même effet : ils restreignent le champ des possibles. Bref, ce qui m'intéresse dans la liberté d'un individu, c'est l'ensemble des possibilités qui lui sont offertes.

L'égalité quand à elle se base sur la comparaison entre les individus selon un critère donné. Plus la distribution est éparpillée, moins il y a d'égalité. Le problème consiste à choisir le critère pertinent. Un aspect de ce critère est évidement la liberté elle-même. Il y en a également d'autres, comme le bonheur ou la sécurité.

À partir de là, il est à peu près évident que l'égalité et la liberté peuvent entrer en conflit, vu qu'il est probablement impossible de maximiser l'un sans imposer de limite sur l'autre. Par exemple, entre un monde où chacun jouit d'une liberté limité, mais égale, et un monde où tout le monde jouit d'une liberté bien plus importante, mais très inégale, que choisiriez vous ?

Nous avons un sens relativement aigu de l'équité, et nous sacrifions souvent au nom de l'égalité (des expérimentations fiables le montrent clairement). La liberté n'est pas exempte de ces sacrifices. L'exemple le plus éclatant est le proverbe connu qui dit que « la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres ». Il s'agit de sacrifier la liberté de quelques uns au nom de la liberté des autres, suivant un principe égalitaire.

Donc, dans une certaine mesure, l'égalité menace effectivement la liberté. Notons cependant qu'elle n'est pas seule : face aux états qui espionnent leurs citoyens et les trusts qui vendent nos données personnelles, l'égalité paraît une menace bien faible.

L'art est-il moins nécessaire que la science ? (ES)

À faire.

Peut-on prouver une hypothèse scientifique ? (L)

La réponse la plus probablement correcte tient en un terme technique : Inférence bayésienne. En termes accessibles, tout est affaire de nuance. Dans la mesure ou nous n'avons pas une connaissance totale de l'univers, il nous est impossible d'être absolument certains de quoi que ce soit en général, et d'une hypothèse scientifique en particulier. Cela dit nous pouvons souvent être sûr au point de négliger toute autre possibilité.

Par exemple, je ne peux être absolument certain que la prochaine fois que je lâcherais une pomme, elle tombera. Rien ne me garanti totalement que les lois de la physique ne vont pas se mettre à changer d'une seconde à l'autre. Cela dit, pour diverses raisons, je tiens un tel changement pour très improbable. Suffisamment improbable pour que je me comporte comme si il était tout à fait impossible.

Donc, en pratique, beaucoup d'hypothèses, « scientifiques » ou non, peuvent être « prouvées » à partir du moment où des tests suffisamment convaincants montrent à tout le monde leur véracité. Mais la preuve totale est a jamais inatteignable.

L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ? (L)

À faire.