@ Loup's

Impossible ? Comme si ça allait m'arrêter.

Mes croyances de base

Je pose ici, sans tout expliquer, les bases de ma vision du monde. J'ai divisé ce billet en trois parties.

Les deux premières parties sont en principe des évidences. Je tiens ces choses pour acquises et base dessus toutes mes réflexions philosophiques.

La troisième partie parle plus directement de la façon dont je vois le monde. Je suis assez sûr de mon fait, mais je conçoit tout à fait de me tromper à ce niveau.

Fondations

Je pose ici quelques axiomes et quelques définitions. Ce sont les bases nécessaires sur lesquelles nous devons nous accorder avant de pouvoir entamer une discussion philosophique fructueuse.

Quelque chose existe. L'ensemble de ce qui existe est généralement appelée « réalité ». Notez que par cette définition, la réalité est unique.

Le corollaire immédiat est que nous vivons tous dans la même réalité. Pas de la même manière, mais il ne faut pas confondre notre vécu personnel et la réalité toute entière.

Toute affirmation qui correspond à la réalité est vraie. Toute affirmation qui ne lui correspond pas est fausse. En ce sens, la vérité est unique et universelle.

On peut souvent nuancer la dichotomie entre vrai et faux. Par exemple, dire que je mesure 1,79m est très proche de la réalité, et donc presque vrai (à quelques millimètres près). Dire que je mesure 1,80m est moins vrai, mais tout de même assez proche de la réalité, et donc pas tout à fait faux.

(Les mots « vérité » et « réalité » sont parfois précédés d'un pronom personnel : « il nous expose sa vérité », « chacun sa réalité ». Notez qu'il ne s'agit ici ni de vérité ni de réalité, mais de vision personnelle des choses et de vécu. Je préfère donc éviter ces formulations trompeuses, qui plongent certains débats philosophiques dans la confusion la plus totale.)

la réalité fonctionne d'une certaine manière. Le rôle de la science est de découvrir comment. C'est en somme une recherche systématique de la vérité. Le rôle de la technologie est de tirer profit de nos découvertes. (Elle est d'ailleurs à l'heure actuelle la démonstration la plus éclatante de la puissance de la science.)

(Notez qu'on emploie souvent « science » pour désigner une masse de connaissances. Ici, je l'utilise pour désigner ce qui produit ces connaissances. Au sens où je l'emploie, la science est un processus évolutif, et non une masse statique.)

Croyances, opinions, et connaissances

Ces trois termes sont souvent connotés (« croyance » évoque la religion, « opinion » mélange estimations des faits et jugements de valeur, et « connaissance » a un air d'objectif, d'indiscutable). Ces termes sont très utiles pour décrire la psychologie de notre regard sur le monde, mais entretiennent la confusion dans le domaine précis de la recherche de la vérité.

La notion qui m'intéresse ici est mieux nommée par le terme de « probabilité subjective ». J'emploie aussi « croyance », bien que son acception courante ne correspond pas exactement à cette notion. Pour l'expliquer, le plus simple est de prendre un exemple :

Mettons que nous jouons une partie de [poker menteur]. Il me reste un dé, que je lance sous mon gobelet, puis regarde en cachette. Est-ce que j'ai fait 6 ?

Du point de vue de la réalité les choses sont très simples: soit le dé est tombé sur 6, soit il est tombé sur autre chose. De mon point de vue c'est presque aussi simple vu que je vois le dé. À moins d'avoir la berlue, je sais si j'ai un 6 ou pas.

Les chose deviennent intéressantes lorsque c'est vous qui vous posez la question. À première vue, vous n'en savez rien. Mais en regardant de plus près, il est possible de cerner plus précisément l'étendue de cette ignorance.

Quand on lance un dé, on admet généralement qu'il a autant de chances de tomber sur chacune de ses six faces. Ça nous donne donc une chance sur six de faire un 6. De même, lorsque je lance mon dé sous mon gobelet, entre le moment où il est stoppé, et le moment où je le regarde, on dit qu'il a une chance sur six de se trouver sur 6.

Attention néanmoins, cette manière de formuler est trompeuse. Elle fait comme si le dé possédait en lui-même une propriété de hasard. Comme si sous le gobelet, il restait suspendu dans un « état intermédiaire », qu'il ne quitterait au profit de l'une des 6 faces qu'à l'instant où l'on soulève le gobelet pour le regarder. (Ne riez pas, des gens très capables ont sérieusement envisagé des choses très similaires.)

Bien entendu, c'est faux. À partir du moment où le dé repose sous mon gobelet, la messe est dite. Mais quand bien même ça serait vrai, quand bien même j'aurais un dé magique qui ne se révèle que lorsqu'on le regarde, cela ne nous aide pas plus : lorsque je regarde le dé, vous n'êtes pas plus avancé. Alors que je suis certain de l'état du dé, vous en êtes toujours à une chance sur six. (En principe. Si vous avez par exemple des raisons de penser que mon dé est pipé c'est un peu différent.)

Le terme de « probabilité subjective » est en fait un pléonasme. Une probabilité est l'estimation personnelle d'une partie de la réalité (ici, la face sur laquelle mon dé est tombé). Les probabilités ne sont pas dans le monde, mais dans nos têtes.

À partir de là, le problème est très simple. Vous pariez une chance sur six que le dé est effectivement tombé sur 6. Et c'est très précisément l'étendue de votre ignorance, qui pour le coup n'est pas totale. Si vous ne saviez strictement rien, les deux possibilités (6, ou pas 6) vous paraîtraient équivalentes, et vous mettriez une chance sur deux pour chaque. Le fait de savoir que mon dé a 6 faces et est équilibré change la donne. (Encore une fois, si vous vous me croyez susceptible de tricher ça va influencer votre estimation. Le calcul serait plus complexe, mais tout aussi précis.)

Le point central à retenir, c'est que cette façon de gérer les probabilités s'applique à toutes les questions sur le monde. Du lancer de dé à la métaphysique, en passant par la vie quotidienne. Chaque question que l'on se pose a pour réponse subjective une probabilité, ou une distribution de probabilités sur un ensemble de possibilités. La réponse correcte est parfois floue ou incertaine, auquel cas il peut être bon d'aller éxaminer la réalité à la recherche d'indices.

L'ennui, c'est que le calcul exact des probabilités qui nous intéressent n'est pas toujours possibles tant il est complexe. Et quand bien même il le serait, notre perception du monde reste limité. Nos sens ne nous donnent qu'une minuscule fenêtre d'observation sur la réalité. Notre ignorance n'est jamais nulle, et la certitude totale nous est à jamais inaccessible.

Pire encore, il n'est pas totalement exclu que la théorie des probabilités elle-même soit erronée. Après tout, ce sont des humains faillibles qui l'ont élaboré. Je noterais juste que c'est pour le moment le meilleur outil dont nous disposons, et que sa pertinence a maintes fois été vérifiée. De mon point de vue, la correction de cette théorie est aussi certaine que la loi de la chute des corps.

Il n'est cependant pas exclu d'atteindre des niveaux de certitude suffisamment élevés pour cesser toute investigation. Une fois que j'ai vu mon 6, je ne vais pas réfléchir à une possible hallucination. Pour traverser la rue, il me suffit de regarder une fois. Si je ne vois personne, je traverse tout de suite. C'est pareil en science. Nous avons à présent acquis quantité de quasi certitudes qu'il est déraisonnable de chercher à contredire.

Réductionnisme

Je rejette le surnaturel. Plus techniquement, tout ce qui pense est décomposable en choses qui ne pensent pas. Par exemple, un cerveau est composé de neurones (pour faire très simple). De manière similaire, tout ce qui est « mental » est décomposable. Un philtre d'amour par exemple ne possède pas une propriété magique d'amour, mais un certain nombre de molécules qui droguent ou influencent celui qui la boit.

Bien entendu, Dieu n'existe pas, et il n'y a nulle vie après la mort. Je suggère à ceux qui désirent une vie éternelle au paradis de réfléchir à des moyens de prolonger leur vie sur terre, ou de mettre à profit le temps qu'il leur reste. Je suis à l'heure actuelle assez pessimiste sur la possibilité de créer un paradis sur terre, mais ça peut valoir la peine d'essayer.

Même si Dieu existe et qu'il y a une vie après la mort, les raisons sont certainement bassement matérielles. Nous pourrions par exemple vivre dans une simulation pour nous réveiller après notre « mort ». Quand à « Dieu », ce sera un être matériel, c'est à dire décomposable en parties qui ne pensent pas (comme nos neurones composent nos cerveaux).

Dans un sens trivial, nous sommes des machines. Certes, nous pensons, nous aimons, et la vie est importante, mais nous n'en restons pas moins composés de choses complètement mécaniques. Il n'est pas exclu que la science finisse par élucider totalement le fonctionnement de ces mécanismes, et donc de l'esprit humain. La question est très difficile, mais elle ne me paraît pas impossible.

L'univers est probablement déterministe. Je ne crois pas que ça soit incompatible avec la notion de libre arbitre. D'ailleurs, si l'univers n'étais pas déterministe (comme le pensaient les physiciens pendant un moment), cela n'aiderait en rien notre libre arbitre.

Je conçois le libre arbitre comme la capacité à prendre mes propres décisions. Dans un monde purement matérialiste et déterministe, je suis composé d'éléments mécaniques. Et ce qui détermine mes décisions c'est cette partie (déterministe) de la réalité qui est moi. Influencé par le reste de la réalité, certes, mais les mécanismes de mes décisions finales partent tout de même de mon corps, c'est-à-dire de moi.

Je ne suis pas une âme prisonnière d'un corps qui prends toutes les décisions à ma place. Je suis un corps qui prend ses décisions lui même. Que tout soit écrit d'avance ne m'empêche pas d'écrire moi-même une partie de l'histoire de la réalité, puisque je suis une partie de la réalité.